Volver a la sección « Noticias y artículos »

Communautés autochtones, les grandes oubliées de la pandémie

La crise sanitaire a non seulement mis en lumière les inégalités préexistantes à la COVID-19, mais a également contribué à les renforcer. C’est notamment le cas dans plusieurs communautés autochtones où, en l’absence de garantie des droits à l’alimentation et au logement, plusieurs voient leur vulnérabilité s’accroître face à la pandémie. 

On compte dans le monde environ 476 millions d'Autochtones, soit un peu plus de 6% de la population mondiale. Les personnes issues de ces communautés sont néanmoins près de trois fois plus susceptibles de vivre dans une situation de pauvreté extrême. Des conditions de vie souvent précaires et de multiples obstacles pour l’accès à des services de santé les rendraient en outre plus sujets à contracter des maladies infectieuses.

Le Dre Carrie Bourassa, chercheuse en santé et directrice scientifique de l'Institut de la santé des Autochtones situé à Saskatoon au Canada, croit notamment que, compte tenu de la surpopulation des logements ainsi que du faible accès à des aliments sains et à de l'eau non contaminée, les communautés autochtones pourraient être plus prompt à contracter la COVID-19.


À lire aussi: Le droit à la santé affecté en Amérique centrale


Dans certains pays, l’aide gouvernementale limitée augmente également les risques de propagation du virus au sein des communautés autochtones. C’est d’ailleurs une problématique importante en Amazonie, où leur survie est menacée en l’absence de mesures visant à les protéger de la COVID-19. 

Plusieurs organismes ont, à cet effet, sonné l’alarme face aux contagions et décès qui affectent les peuples autochtones de cette région. En date du 23 mai 2020, le Brésil comptait ainsi au sein de sa population autochtone, plus de 900 000 cas de personnes infectées. La Coordinadora de las Organizaciones Indígenas de la Cuenca Amazonica (Coica), une organisation de défense des personnes autochtones basée au Pérou, a d’ailleurs demandé une assistance humanitaire internationale, ajoutant que certains peuples étaient « aux portes d’un ethnocide (1) ».

 

Les communautés autochtones ont droit... 


à une alimentation saine

Au Honduras, un tribunal a admis en avril dernier un recours en contrôle de constitutionnalité (amparo) présenté en faveur de la communauté Tolupan de San Francisco de Locomapa. Les membres de ce peuple autochtone étaient, depuis le décret de l’état d’urgence, victimes de discrimination lors des distributions de l’aide alimentaire fournie par l’État. Ils se sont en ainsi retrouvés sans nourriture, alors que d’autres personnes issues de la même ville mais n’appartenant pas à cette ethnie recevaient les aliments en question. Les autorités, désignées comme responsables de cette violation du droit à l’alimentation, se sont vues accorder un délai de vingt-quatre heures pour mettre fin à cette situation, notamment en approvisionnant les familles discriminées. 

La crise alimentaire vécue par les communautés autochtones topulanes trouve tristement écho dans plusieurs régions du monde, dont au Canada. À l’heure actuelle, les communautés autochtones canadiennes ont ainsi quatre fois plus de risque de faire face à de l’insécurité alimentaire, un fossé qui pourrait se creuser davantage en raison de la pandémie. Les restrictions de déplacements résultant de la crise mettent notamment en péril l’accès des communautés autochtones canadiennes à une alimentation saine. Nombreuses d’entre elles compte en effet sur le transport aérien ou terrestre d’aliments provenant des centres urbains. Limiter les déplacements, c’est aussi limiter l’accès des communautés autochtones à des aliments importés, frais et nutritifs.

Le Comité économique et social des Nations Unies a d’ailleurs fait état des obligations qui incombent aux États en vertu du droit à une nourriture suffisante, prévu à l’article 11 du  Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturel. Celles-ci comprennent notamment l’obligation:

 

  • de prêter assistance et celle de distribuer des vivres; 

  • de s'abstenir de prendre des mesures qui aient pour effet de priver quiconque de cet accès; 

  • de veiller à ce que des entreprises ou des particuliers ne privent pas des individus de l'accès à une nourriture suffisante;

  • de  prendre les devants de manière à renforcer l'accès de la population aux ressources et aux moyens d'assurer sa subsistance, y compris la sécurité alimentaire, ainsi que l'utilisation desdits ressources et moyens; 

  • de faire le nécessaire pour donner effet directement à ce droit (distribuer des vivres). Il a la même obligation envers les victimes de catastrophes, naturelles ou autres. (2)

 

à un logement suffisant

Selon un rapport du Programme des Nations Unies pour le droit au logement, les peuples autochtones sont plus à risque que d’autres groupes de se retrouver dans un logement aux conditions précaires, notamment en raison du manque d’accès à des services de bases tel que l’eau potable. Au Canada par exemple, un Autochtone sur cinq vit actuellement dans des logements surpeuplés. Une centaine de chercheurs et de médecins canadiens en santé autochtone ont, à ce propos, rappelé  dans une lettre ouverte adressée au gouvernement canadien « que les peuples autochtones vivent dans certaines des conditions de logement les plus extrêmes du pays ». Le droit au logement est donc un enjeu majeur dans le contexte actuel de pandémie où les risques de contamination sont exacerbés. 

Le droit au logement est prévu notamment à l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a indiqué que :

 

Pour veiller à garantir progressivement […] le droit au logement, le Gouvernement est prié de faire en sorte, dans toute la limite des ressources disponibles, que tous les occupants de logements bénéficient des services essentiels (eau, électricité, évacuation des eaux usées, assainissement, évacuation des déchets, etc.) et que des logements sociaux soient fournis aux secteurs sociaux les plus défavorisés. (3)

 

Tous et toutes égaux devant la COVID-19 


Bien que la COVID-19 soit un phénomène mondial dont personne n’est complètement à l’abri, certains groupes, comme les peuples autochtones, demeurent plus vulnérables face au virus. Or les mesures pour freiner sa propagation doivent prendre en compte les réalités de tous et toutes, afin notamment de s’assurer de ne pas accroître la vulnérabilité potentielle d’une personne. 

Dans le contexte actuel de pandémie, il est plus qu’urgent que les États prennent les mesures nécessaires afin d’assurer le bien-être des communautés autochtones, notamment en renforçant la participation de ses communautés dans les prises de décisions. 

 

Parce qu’aucune crise ne peut dénaturer le caractère fondamental des droits humains. 

 

Références 

  1. Un ethnocide se définit par la destruction de la culture et la civilisation d’un groupe ethnique, le cas échéant des communautés autochtones amazoniennes. 

  2. Observations générales n० 12, extrait du paragraphe 15

  3. E/C.12/1994/20, par. 332

 


État d’alerte est une série d’articles surveillant le respect des droits humains durant la crise de la COVID-19. Retrouvez l’ensemble de notre couverture ici: https://www.asfcanada.ca/medias/impacts-covid19-dh/

 

Gracias a nuestros socios sin fronteras

Consulter la liste des partenaires