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Forum public sur l’accès à la justice à Pereira, Colombie

Jeudi le 9 juillet dernier, ASF organisait avec ses partenaires colombiens de la Corporación Colectivo de abogados José Alvear Restrepo (CCAJAR) et Asociación colombiana de abogados defensores de derechos humanos Eduardo Umaña  Mendoza (ACADEUM) un forum public sur l’accès à la justice auquel ont participé plus de 80 personnes issues des organisations de la société civile et des groupes d’avocats défenseurs des droits humains de la région.

À cette occasion, les coopérants volontaires d’ASF ont animé trois ateliers : normes relatives à l’accès à la justice au niveau international, application du droit international pénal (et notamment du Statut de Rome) en Colombie et droit autochtone comparé. Les ateliers ont soulevé beaucoup d’intérêt et de questions de la part des participants vu l’actualité de ces thèmes dans cette région souvent appelée l’ « Axe du café ».

Ces ateliers ont été suivis de présentations sur la situation des droits humains et de l’accès à la justice par des représentants de 7 groupes vulnérables de la région : les femmes, les communautés autochtones du département de Caldas et de Risaralda, les syndicats, les avocats, les professeurs et les étudiants.  L’un des objectifs du projet d’ASF en Colombie est en effet de renforcer le partage d’expériences, la systématisation des stratégies de défense des droits humains et la coordination entre les groupes d’avocats et les organisations de la société civile.

Les constats sont malheureusement alarmants dans chacun des cas.

Les autochtones des régions du Caldas et du Risaralda, appartenant à la communauté Embera, sont victimes de violations très graves de leurs droits fondamentaux : assassinats de leurs dirigeants par les groupes paramilitaires; fausses accusations de liens avec la guérilla; arrestations, recours judiciaires et emprisonnements politiques; menaces et persécution; déligitimisation et offensive pour affaiblir les processus organisationnels des autorités traditionnelles; usurpation de leur territoire par des intérêts économiques, etc. Le peuple Embera, comme les autres peuples autochtones de Colombie, lutte pour sa survie.
Les syndicalistes ont lancé un nouveau cri du cœur : les assassinats, recours judiciaires et emprisonnements politiques et le congédiement intempestif des dirigeants syndicaux en fait une « espèce en voie de disparition », a-t-on entendu lors du forum.

La situation des avocats, professeurs et étudiants n’est pas plus reluisante : celles et ceux qui tentent de s’activer, de s’organiser, de dénoncer les violations des droits humains sont tués, menacés ou persécutés physiquement, judiciairement, disciplinairement ou administrativement. Les avocats sont encore trop souvent stigmatisés.

Dans le cas des assassinats sélectifs des leaders de la société civile, la stratégie des « faux positifs » est généralement utilisée : la personne tuée est grossièrement vêtue d’un uniforme de la guérilla et le meurtre est comptabilisé comme la mort d’un membre d’un groupe armé illégal au cours d’un combat. Les responsables de ces assassinats touchent souvent une prime pour l’ « élimination d’un terroriste de la guérilla ».

Les femmes, quant à elles, demeurent malheureusement victime notamment de violence conjugale, un crime largement déconsidéré par le système de justice colombien.
 

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