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ASF travaille au renforcement de l’accès à la justice pour le peuple Nasa dans la communauté de La María, département du Cauca en Colombie.

La réserve autochtone de La María se trouve à un peu plus d’une heure de voiture de Popayán sur la route vers Cali. Nous sommes dans la région montagneuse du Sud du département du Cauca, en Colombie. Le magnifique paysage cache, comme presque partout en Colombie, un côté sombre : le conflit armé que vit la Colombie entraîne de graves violations des droits humains dont les groupes vulnérables, particulièrement les communautés autochtones, sont les principales victimes.

Le peuple Nasa, bien qu’il ne participe aucunement aux affrontements, se trouve bien malgré lui impliqué dans toute cette violence. Les paramilitaires, la guérilla, les intérêts économiques et même les forces publiques l’attaquent de toutes parts. Durant cette mission comme lors des précédentes, nous avons écouté les témoignages, souvent corroborés par des témoins oculaires,  des preuves photographiques ou même vidéos, d’assassinats, d’agressions, de menaces et autres crimes graves, qui demeurent presque toujours dans l’impunité la plus totale.

Ainsi le cas de cette avocate avec qui ASF travaille à Popayán depuis quelques années dont le mari, leader communautaire, a été assassiné récemment, fort probablement par les paramilitaires. On lui a découpé la bouche à coups de machette afin que le message soit clair : il parlait trop. Au-delà de l’accompagnement moral de cette amie avocate, ASF s’est engagé à faire pression auprès du procureur afin que l’enquête suive son cours plutôt que de n’être jamais ouverte ou d’être fermée comme c’est souvent le cas.

La Cour constitutionnelle de la Colombie a d’ailleurs confirmé dans une décision phare, preuves à l’appui, les extrêmes violations du droit à la vie, à la sécurité et à la dignité des communautés autochtones du pays. Cette décision (appelée « Auto 004 du 26 janvier 2009 »), oblige le gouvernement à agir pour protéger les autochtones et ceux-ci en sont à s’organiser pour s’assurer qu’on y donne suite. ASF a d’ailleurs assisté à un grand rassemblement (une « Minga ») le mardi 14 juillet 2009 qui a réuni plus de 300 dirigeants Nasa autour de la stratégie de mise en œuvre des ordonnances de la Cour constitutionnelle.
Juste avant d’avoir le privilège d’assister à la Minga, les coopérants d’ASF ont organisé avec leurs collègues du Colectivo de abogados José Alvear Restrepo (CAJAR) et la communauté Nasa de La María un atelier d’un peu plus d’une journée sur l’accès à la justice. Bien que le contexte de violence armée de la Colombie soit bien différent de la situation canadienne, la similarité des problématiques auxquelles font face les communautés autochtones en Colombie et au Canada (préservation des traditions culturelles et linguistiques, respect des autorités traditionnelles, difficultés économiques, accès aux services de santé et d’éducation, etc.) demeure frappante.

Me Catherine Fagan a d’abord partagé son expérience d’avocate de droit autochtone au Canada dans une optique comparée, l’objectif étant d’analyser les possibilités de coopération entre organisations autochtones du Canada et de la Colombie et de partager des stratégies juridiques. Au cours d’un échange animé, les autorités du peuple Nasa se sont notamment intéressées à la stratégie de concertation nationale adoptée par les quatre grandes organisations autochtones du Canada.

Me William St-Michel a par la suite animé un atelier sur la justice pénale internationale, insistant sur les impacts pratiques de l’application du Statut de Rome et de la juridiction complète de la Cour pénale internationale (CPI) en Colombie. Les questions, commentaires et débats ont été nombreux. Tous ont conclu que la CPI pourrait avoir un impact significatif pour la lutte contre l’impunité en Colombie et que les communautés autochtones devaient dès maintenant intégrer la justice pénale internationale dans leur stratégie de protection et de promotion de leurs droits, notamment en constituant les preuves relatives aux crimes couverts par la CPI et en renforçant les liens avec les autorités internationales pertinentes dont le procureur Luis Moreno Ocampo.

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